Avant d'être le symbole de Paris, la Tour Eiffel a été fabriquée à Levallois-Perret. C'est dans une usine de la rue qui porte aujourd'hui son nom que Gustave Eiffel a conçu, dessiné et préfabriqué les 18 038 pièces de sa tour avant de les acheminer vers le Champ-de-Mars.
1866 : Eiffel choisit Levallois
Gustave Eiffel naît à Dijon en 1832. Ingénieur spécialisé dans la construction métallique, il réalise son premier grand chantier à 26 ans : le pont ferroviaire de Bordeaux. En décembre 1866, fort de cette réputation, il fonde ses propres Ateliers de construction métallique G. Eiffel au 48 de la rue Fouquet, à Levallois-Perret, en rachetant les ateliers Pauwels existants. La rue a depuis été rebaptisée en son honneur : rue Gustave-Eiffel.
Ce n'est pas un choix anodin. Levallois est alors une ville ouvrière en plein essor, dotée d'un tissu industriel dense le long de la Seine. Eiffel s'y fait même construire une maison, dans le prolongement de l'usine : le travail et la vie de famille au même endroit.
Des chantiers du monde entier fabriqués ici
Pendant plus de deux décennies, les ateliers de Levallois deviennent l'une des forges les plus actives d'Europe. On y conçoit et fabrique notamment :
- L'ossature métallique de la Statue de la Liberté, l'œuvre du sculpteur Bartholdi offerte par la France aux États-Unis (inaugurée en 1886)
- Le dôme mobile de l'Observatoire de Nice, sur le mont Gros
- La gare de l'Ouest (Nyugati) de Budapest, en Hongrie
- Le viaduc de Garabit, dans le Cantal (1884), record mondial de portée à l'époque
Et surtout, entre 1887 et 1889 : les 18 038 pièces de la Tour Eiffel, pensées, dessinées et préfabriquées ici, à Levallois, avant d'être transportées et assemblées sur le Champ-de-Mars pour l'Exposition universelle de 1889.
La Tour Eiffel, produit d'une usine levalloisienne
Le chantier de la Tour est une prouesse logistique autant que technique. Chaque poutrelle est numérotée, percée avec une grande précision, et livrée sur le chantier parisien dans l'ordre exact du montage. Presque aucune pièce ne peut être ajustée sur place : tout doit être quasi parfait à la sortie des ateliers de Levallois.
La tour est montée en un peu plus de deux ans, sans accident mortel sur le chantier — un fait exceptionnel pour l'époque. Elle est inaugurée le 31 mars 1889.
La fin d'une ère, et un nom pour la rue
En 1893, à la suite du scandale de Panama dans lequel son nom est mêlé (sa société avait fourni des écluses au canal), Gustave Eiffel se retire de l'activité industrielle et demande que son nom disparaisse de la société. Les ateliers de Levallois deviennent la Société de construction de Levallois-Perret, dont la direction technique revient à son ancien collaborateur Maurice Koechlin — celui-là même qui avait imaginé la structure de la tour.
Eiffel se consacre ensuite à la recherche scientifique — aérodynamique, météorologie — jusqu'à sa mort, à Paris, le 27 décembre 1923. Il est inhumé dans le caveau familial du cimetière de Levallois-Perret, où reposent aussi d'autres figures liées à la ville, comme Louise Michel et Maurice Ravel.
Levallois garde la trace
La rue Gustave-Eiffel existe toujours à Levallois-Perret. C'est l'un des rares endroits en France où le nom de l'ingénieur ne désigne pas une tour, mais le lieu même où son travail a été accompli.
Peu de villes peuvent se targuer d'avoir fabriqué le monument le plus visité du monde. Levallois le peut.
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