La rentrée de septembre 2026 ouvre pour de bon la course à l'Élysée. Et à dix-huit mois du scrutin, un constat s'impose : la droite arrive divisée, éclatée en au moins cinq candidatures rivales. Pour une ville historiquement ancrée à droite comme Levallois-Perret, cette fragmentation nationale n'est pas un débat lointain. Elle touche directement la majorité municipale.
Réélue au premier tour en mars 2026 avec 51,68 % des voix, Agnès Pottier-Dumas dispose d'une majorité solide au conseil municipal. Mais la séquence présidentielle qui s'ouvre change la donne : elle oblige chaque élu de droite à se situer dans un paysage qui n'a plus rien d'unifié.
Quels candidats structurent la course à la présidentielle de 2027 ?
Emmanuel Macron ne pouvant pas briguer un troisième mandat consécutif, la campagne s'est ouverte très tôt. Une vingtaine de personnalités ont déjà fait connaître leurs intentions, de Jean-Luc Mélenchon pour La France insoumise à Marine Tondelier pour les Écologistes, en passant par le camp macroniste emmené par Gabriel Attal. Mais c'est à droite que la photographie est la plus éclatée : là où une seule candidature dominait autrefois, cinq blocs coexistent désormais.
Pourquoi parle-t-on d'une droite éclatée en cinq blocs ?
Cinq offres politiques se disputent aujourd'hui l'électorat de droite et du centre droit, chacune avec sa ligne et son porte-drapeau.
- Le bloc Horizons, porté par Édouard Philippe, maire du Havre et ancien Premier ministre, candidat déclaré dès le 3 septembre 2024. Ligne : centre droit, réformiste, héritière du macronisme des débuts.
- Le bloc Les Républicains, avec Bruno Retailleau, désigné candidat officiel du parti les 19 et 20 avril 2026 par plus de 73 % des adhérents. Ligne : droite conservatrice et de fermeté, autour de l'ordre et de l'immigration.
- Le bloc Nouvelle Énergie, incarné par David Lisnard, maire de Cannes, qui a quitté Les Républicains le 31 mars 2026 pour lancer sa candidature. Ligne : droite libérale, priorité à la réduction de la dépense publique.
- Le bloc Reconquête, avec Éric Zemmour, qui a confirmé son intention d'être à nouveau candidat. Ligne : droite nationale et identitaire.
- Le bloc Rassemblement national, autour de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella. Ligne : nationale populaire, premier parti de France dans plusieurs scrutins récents.
À cette fragmentation s'ajoute une rupture stratégique : Bruno Retailleau a lui-même déclaré « mort » le socle commun qui unissait la droite et le centre au gouvernement depuis 2024. La recomposition est donc totale.
Où se situe la majorité municipale de Levallois dans ce paysage ?
La liste « Levallois au Coeur » d'Agnès Pottier-Dumas est estampillée Les Républicains. Sur le papier, sa boussole présidentielle est donc claire : le candidat officiel du parti, Bruno Retailleau. La maire n'est pas seulement une élue locale ; elle est aussi vice-présidente du conseil départemental des Hauts-de-Seine et de l'intercommunalité, au coeur d'un département longtemps considéré comme un bastion de la droite. Son portrait complet est à lire ici.
Mais l'éclatement national brouille cette évidence. Entre la fermeté de Retailleau, le libéralisme de Lisnard, le réformisme de Philippe et la poussée du Rassemblement national, un électorat de droite comme celui de Levallois n'a plus une adresse unique. Ce qui valait pour un bloc homogène devient un menu à plusieurs entrées.
Pourquoi cette fragmentation fragilise-t-elle la majorité ?
Le cas de Levallois est un cas d'école. La ville appartient à la 5e circonscription des Hauts-de-Seine, dont la députée, Céline Calvez, réélue en 2024, appartient au camp macroniste. Une maire Les Républicains d'un côté, une députée du camp présidentiel de l'autre : deux familles qui ont cohabité au sein du socle commun et que la présidentielle place désormais dans des camps concurrents. La tension n'est pas théorique : lors des municipales de mars 2026, Céline Calvez était elle-même candidate face à la maire sortante.
Dans une majorité municipale, tous les élus ne partagent pas exactement la même sensibilité. Entre la fidélité à la ligne officielle des Républicains, la tentation libérale de Nouvelle Énergie et la proximité avec un centre droit plus modéré, les arbitrages individuels se feront à mesure que la campagne montera en puissance. Une droite nationale divisée, ce sont autant de lignes de partage susceptibles de traverser un conseil municipal.
Quel impact sur le mandat 2026-2032 ?
Pour Agnès Pottier-Dumas, l'enjeu est de préserver l'unité de sa majorité pendant que la droite nationale se déchire. Élue sur un bilan de gestion locale, elle devra éviter que la présidentielle n'importe ses fractures dans l'enceinte municipale. La question dépasse d'ailleurs la seule maire : c'est toute la capacité de la droite levalloisienne à parler d'une seule voix qui est mise à l'épreuve par une échéance nationale sur laquelle elle n'a pas la main.
Levallois, laboratoire de la recomposition à droite
Ville la plus dense de France, longtemps identifiée à une figure unique dont l'ère Balkany appartient désormais au passé, Levallois est devenue un territoire politiquement plus disputé qu'il n'y paraît. La présidentielle de 2027 y agit comme un révélateur : elle oblige une majorité solide sur le plan local à naviguer dans une droite nationale éclatée en cinq blocs. Les prochains mois diront si cet ancrage résiste à la dispersion, ou si la course à l'Élysée fait remonter à la surface des lignes de partage jusqu'ici discrètes.
Photo : Hôtel de ville de Levallois-Perret, par Chabe01, Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0).
