Levallois-Perret est l'une des rares villes de la région parisienne à porter le nom de ses fondateurs. Derrière ce nom composé se cachent deux hommes et deux époques : Jean-Jacques Perret, propriétaire foncier qui échoua dans les années 1820, et Nicolas Levallois, un menuisier devenu marchand de vin qui, à partir de 1845, fit sortir de terre un village entier. Voici l'histoire de la fondation de la commune, née d'une ambitieuse opération immobilière au cœur du XIXe siècle.
Avant la ville : des terres agricoles aux portes de Paris
Au début du XIXe siècle, l'emprise de l'actuelle Levallois-Perret n'existe pas en tant que telle. Le territoire est partagé entre deux communes voisines, Clichy et Neuilly-sur-Seine. On y trouve des champs, des maraîchers, quelques guinguettes et des terrains vagues situés juste au-delà des fortifications de Paris. C'est une zone rurale que la capitale, en pleine expansion, commence à regarder avec appétit.
Jean-Jacques Perret et le « Champ Perret » (1822)
Le premier à tenter l'aventure est Jean-Jacques Perret. En 1822, ce propriétaire foncier lance une opération de lotissement : il découpe une soixantaine de terrains sur une vingtaine d'hectares, sur des terres rattachées à la commune de Neuilly. L'ensemble prend le nom de « Champ Perret ».
Mais l'entreprise échoue. Les parcelles sont trop grandes, les terrains mal desservis, et les acheteurs ne suivent pas. Le projet de Perret ne parvient jamais à donner naissance à un véritable quartier. Son nom, pourtant, restera : il désigne encore aujourd'hui un secteur au nord de la ville, à la limite de Neuilly, et il finira par s'inscrire dans le nom même de la commune.
Nicolas Levallois, un menuisier visionnaire
L'homme qui va réussir là où Perret a échoué s'appelle Nicolas Eugène Levallois. Né le 6 octobre 1816 à Paris, dans le faubourg Saint-Honoré, il perd ses parents jeune et devient orphelin en 1829. Placé en apprentissage chez son oncle, il apprend le métier de menuisier. Puis il change de voie : à partir des années 1840, il s'installe comme marchand de vin à Paris.
Rien ne le destinait à bâtir une ville. Et pourtant, c'est cet artisan devenu commerçant qui va concevoir, de toutes pièces, le plan d'un village moderne.
1845 : la naissance du « Village Levallois »
En 1845, un important propriétaire du secteur, Étienne Noël, confie à Nicolas Levallois le soin de lotir ses terrains. Instruit par l'échec de Perret, Levallois s'y prend autrement. Avec l'aide du géomètre Rivet, il dresse les plans d'un futur village : rues tracées au cordeau, parcelles de taille raisonnable, organisation pensée pour attirer artisans et petites gens.
Pour écouler les terrains, il fait preuve d'un vrai sens commercial : il s'associe à une dizaine de connaissances et organise des loteries dont les lots sont des parcelles à bâtir. Le succès est au rendez-vous. Le « Village Levallois » prend forme et grandit vite, à cheval sur les territoires de Clichy et de Neuilly.
30 juin 1866 : la création officielle de la commune
Le développement du village est si rapide qu'il finit par justifier la création d'une commune à part entière. Le 30 juin 1866, une loi promulguée sous Napoléon III détache les terrains de Clichy et de Neuilly pour créer une nouvelle commune, effective au 1er janvier 1867.
Elle est baptisée Levallois-Perret : un nom qui réunit celui de son bâtisseur, Nicolas Levallois, et celui du premier lotisseur de la région, Jean-Jacques Perret. Fait rare, la ville porte donc le nom de deux hommes qui ne l'ont jamais gouvernée.
Paul-Auguste Caillard, premier maire
Le premier magistrat de la nouvelle commune n'est pas élu, mais nommé. Le 28 décembre 1866, le sous-préfet installe Paul-Auguste Caillard comme maire, assisté de deux adjoints, MM. André et Belhomme. Le premier conseil municipal se réunit le 5 janvier 1867, dans une maison léguée par un certain M. Rivay, qui sert de première mairie.
Quant à Nicolas Levallois, le fondateur, il ne siégera jamais au conseil et ne deviendra jamais maire de la ville qu'il a créée. Il meurt à Levallois-Perret le 15 septembre 1879.
De village ouvrier à ville la plus dense d'Europe
En un siècle et demi, le « Village Levallois » est devenu l'une des villes les plus singulières d'Île-de-France. D'abord commune ouvrière et industrielle — on y produisit notamment des automobiles, des avions et le célèbre stylo, ainsi que les ateliers Eiffel —, Levallois-Perret est aujourd'hui une ville résidentielle et tertiaire de près de 68 000 habitants (population légale INSEE 2023), concentrés sur seulement 2,41 km².
Cette densité — parmi les plus élevées d'Europe, avec près de 28 000 habitants au kilomètre carré — est l'héritage direct du pari de Nicolas Levallois : bâtir, sur d'anciens champs aux portes de Paris, une ville dense, organisée et accessible. Cent quatre-vingts ans plus tard, le nom des deux hommes qui l'ont imaginée figure toujours sur les panneaux d'entrée de la commune.
En bref : les dates clés de la fondation de Levallois-Perret
- 1822 : Jean-Jacques Perret lotit le « Champ Perret » (60 terrains sur 20 hectares, sur Neuilly). L'opération échoue.
- 6 octobre 1816 : naissance à Paris de Nicolas Eugène Levallois, futur fondateur de la ville.
- 1845 : Étienne Noël confie à Nicolas Levallois le lotissement de ses terres ; avec le géomètre Rivet, il crée le « Village Levallois ».
- 30 juin 1866 : loi de Napoléon III créant la commune, effective le 1er janvier 1867.
- 28 décembre 1866 : Paul-Auguste Caillard installé comme premier maire.
- 15 septembre 1879 : mort de Nicolas Levallois à Levallois-Perret.
Sources : Ville de Levallois-Perret (histoire de la commune), archives de « Levallois Mémoires », Wikipédia (Nicolas Eugène Levallois et Levallois-Perret), INSEE (population légale 2023). Illustration : « Levallois-Perret – Porte de Courcelles », carte postale ancienne, collection du musée Carnavalet / Paris Musées (domaine public, CC0).
